Qu’est-ce que l’économie souterraine?

L’économie souterraine existe de tout temps à jamais. Dissimuler des choses ou accomplir des activités que la société a décrété illégales fait partie de la nature humaine.

Seulement, avec internet, et avec l’émergence de l’économie collaborative, l’économie souterraine prend du poids et sera un enjeu économique pour les années et décennies à venir.

Par économie souterraine on entend deux types d’activités bien différentes :

– Les activités légales, mais non déclarées. Soyez franc, qui d’entre vous n’a jamais fait du baby-sitting non déclaré, ou payé une baby-sitter non déclarée pour une soirée ? On trouve pêle-mêle dans cette catégorie : les heures de ménages, les cours particuliers, les petits travaux de bricolage et jardinage, etc. Mais tous non déclarés bien entendu. C’est aussi ce qu’on nomme couramment le « travail au noir ».

– Les activités illégales, et donc forcément non déclarées ! Citons la prostitution, le trafic de drogue, le trafic d’armes, le trafic d’organes, le crime organisé, les tueurs à gages, etc.

L’ensemble de l’économie souterraine n’est pas incluse dans le PIB, c’est à dire dan chiffre officiel de la richesse nationale produite. Ce dernier est donc sous-estimé. Et évidemment, cette richesse produite illégalement et/ou immoralement, échappe à l’impôt, c’est aussi la raison pour laquelle la tendance est à vouloir limiter les espèces en circulation. Ainsi, en France, lors d’une transaction avec un professionnel (commerçant, artisan, etc.), le plafond du paiement en espèces est fixé à 1 000 euros. Mais, deux exceptions notables : 

– Les particuliers entre eux ne sont pas soumis à ce plafond.

– Un particulier qui n’a ni chéquier ni compte en banque n’est pas non plus soumis à cette obligation. Après tout, personne ne peut vous obliger à avoir un compte à la banque ! C’est la norme sociale, mais ce n’est pas une norme juridique, et heureusement !

Malgré ces interdictions, les espèces représentent les deux tiers des transactions réglées en magasin, en France. Et plus encore dans les autres pays d’Europe.

La France, avec son État très présent dans la vie de tous les jours, et limitant fortement les paiements en espèces, parvient à limiter plus que ses voisins la part de l’économie souterraine qui se développe en marge de son PIB.

Les chiffres sur ces sujets sont rares. Ce sont des sujets tabous. La dernière com­paraison internationale connue date de 2012, et a été mise en avant par le journal « Les Echos » (utilisant pour source : Dr Friedrich Schneider, Université Johannes Kepler de Linz, Autriche), cette source, rajoutée avec d’autres chiffres, donne le tableau suivant :

Avec 11% d’économie souterraine estimée, la France se situe en bas de la comparaison réalisée.

Seulement on peut présumer qu’à contrôles étatiques constants, la part de l’économie souterraine aurait tendance, dans les années actuelles, à augmenter, pour les raisons suivantes :

– Le développement d’internet est corrélatif à celui du « dark web ». Vous en avez sûrement entendu parler : ce que nous voyons sur internet n’est que la partie émergée de l’iceberg. Il est estimé que 80% des connexions à travers le monde se font sur le « dark web », l’internet obscur… On y accède sous Linux, avec des moteurs de recherche comme Tor (qui d’ailleurs se démocratisent), les connexions sont cryptées, les IP changent tout le temps… Et on y trouve des sites d’armes diverses et variées, de prostitution, des annonces de tueurs à gages, des œuvres artistiques en libre consultation, des lanceurs d’alertes, etc. 

– L’économie collaborative a une tendance à développer l’économie souterraine. Beaucoup de loueurs d’appar­tements sont tentés de ne pas déclarer leurs revenus, et d’ailleurs cela a longtemps été le cas avant que la ré­glementation ne change et que l’Etat ne se mette à contrôler scrupuleusement ce qui se passe sur les sites de location de nuitées de biens immobiliers. Autre phénomène : un certain nombre de sites internet dits d’ « escort-girls » se sont récemment développés, et pas sur le dark web, mais sur le web le plus officiel ! Cela en réponse, déjà à la loi vo­tée sous le président Hollande, loi pénalisant les clients à la prostitution; mais aussi, car, outre les réseaux de crime organisé pré­sents sur ces sites, il y a de nombreuses indépendantes (ou indépendants, car les hommes aussi les investissent) qui choisissent leurs clients et arrondissent leurs fins de mois. Des « escorts » visitent le monde en monnayant leurs charmes ici et là ! De nombreux articles de presse ont été publiés sur ces sujets. On peut analyser cela comme une forme d’économie collaborative dans l’économie souterraine !

Face à cette tendance de développement naturel de l’économie souterraine, ne vous étonnez pas si l’État, quel que soit le pouvoir, venait à intervenir davantage dans la vie économique. Un état fort permet certes, de limiter la casse, mais les économistes libéraux argueront que dans des pays où les lois sur la drogue et la prostitution sont plus souples qu’en France (on peut penser à la Suisse ou aux Pays-Bas, où ces activités sont légales, mais encadrées par l’État), le résultat parle de lui-même avec une intégration de ces activités au PIB, un PIB plus élevé, plus d’impôts entrant dans les caisses de l’État, et au final moins d’économie souterraine.

Cependant même s’il existe des pays, proches de chez nous, où les drogues dites douces (comme le cannabis), et la prostitution sont licites, mais encadrées, il n’existe aucun pays où les drogues dures, le meurtre commandé, la prostitution d’enfants, les combats à mort de chiens ou même d’hommes sont légaux ! Et peu d’économistes, à moins d’être quand même très « allumés », diront que tout devrait être autorisé ! En étant étudiant, je vous avoue en avoir connu des gens qui se disent « libertariens » (sorte d’ultralibéraux économiquement et ultra-libertaires socialement). Selon lesquels, au nom de la loi du marché, tout doit être permis ! Vraiment tout, et au diable la morale ! 

Jean-David Haddad

Extrait de « l’économie? Rien de plus simple! »

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