L’État : premier rentier !

Depuis plusieurs années, la progression des recettes publiques a été une constance des économies Occidentales en raison de la hausse de l’endettement, des déficits et des engagements sociaux. En 2019, la pression fiscale en France approchait des 50% du PIB tandis que les dépenses sociales dépassent le tiers du PIB. C’est-à-dire que l’État ponctionne (n’ayons pas peur des mots) près de moitié la valeur ajoutée réalisée dans le pays en un an.

L’État est-il rentier ?

Le rentier est évidemment la personne qui vit de ses rentes, de ses revenus généralement tirés des valeurs mobilières ou de l’immobilier pour un ménage. Le concept de rente s’étend à tous ceux qui ont des revenus sans pour autant fournir un travail (un bien ou un service).

Dans une extrême mesure, il est donc pertinent d’étendre ce concept à l’État du XXIe siècle. Un État fournit des services publics (éducation, santé, défense et sécurité) en échange d’une « rente » qu’il détermine lui-même : l’impôt ou l’endettement. Cependant, notre État du XXIe siècle s’occupe également des retraites, des aides sociales ou encore des subventions. Ce sont par définition des activités qui ne produisent aucun service, aucun bien, aucun travail.

L’effet de rente est exactement le même que ce soit l’État ou un ménage qui ponctionne. C’est une ponction sur le travail sans pour autant donner du travail en échange. Plus qu’un rentier au-delà des fonctions régaliennes, l’État apparait dès lors comme un rentier au pouvoir illimité. Il fixe lui-même la rente et ses bénéficiaires sans aucune logique de marché (il prime sur tous les autres rentiers et n’est pas en concurrence avec eux).  

Au-delà des fonctions régaliennes, l’État s’inscrit donc bien dans la définition (et dans l’impact) qu’à le rentier sur l’économie. Il faut donc cumuler les activités purement sociales de l’État aux rentiers classiques que sont les ménages. Ainsi, on ne peut que comprendre quel est l’impact des prestations sociales de l’État qui représentent 34% du PIB français en 2020.

Une rente indirecte…

Dès lors, une dépendance accrue à l’État apparait car c’est l’État qui détermine les bénéficiaires de sa rente. Il y a d’abord une dépendance directe pour ceux qui reçoivent régulièrement des prestations sociales et qui sont de surcroît des « rentiers de l’État » (retraités, chômeurs, etc…). Ensuite il y a une dépendance indirecte, notamment à travers le marché obligataire.

L’État rentier génère lui-même des rentiers à travers l’endettement. Les obligations (qui en théorie versent des rendements), permettent de fournir des rentes à de nombreux inactifs, dont principalement les retraités. C’est fortement le cas dans des pays comme aux États-Unis.

Dans tous les cas, une intervention de l’État au-delà des fonctions régaliennes s’insère dans la définition du rentier. L’État rentier peut avoir une rente absolue en ne laissant pas le choix de son action (retraites par répartition, prise en charge du chômage, etc…) ou bien une rente relative (retraites par capitalisation, prise en charge partielle du chômage, aides minimales, etc…). La présence d’une rente relative offre une semi-liberté aux agents car n’oublions pas que la rente, c’est la ponction.

L’État, au-delà des fonctions régaliennes, est non seulement le premier rentier de ce pays, mais aussi le moins concurrencé du fait de sa position dominante. En bref, « l’État rentier » c’est la ponction de ceux qui produisent pour ceux qui ne produisent pas (ou peu).

Article rédigé par Thomas Andrieu.

Auteur de « 2021, Prémices de l’effondrement » et de « Rapport prévisionnel 2021/2022 ».

 

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