Les politiques hyper-expansionnistes sont-elles vouées à une inefficience graduelle et chronique ?

L’inflation ne repart donc pas, la croissance fait du surplace, la vélocité chute, la solvabilité (en particulier publique) diminue, etc… Autant de conséquences aux politiques monétaires expansionnistes qui paradoxalement, les obligent à devenir encore plus expansionnistes. Voilà pourquoi…

   Dans mon dernier article à ce sujet, j’ai montré que des politiques monétaires hyper-expansionnistes participaient à faire baisser la perception du risque encouru et à baisser les rendements, ce qui provoque une chute de l’utilisation des devises fraichement créées. La chute de l’utilisation des devises oblige réciproquement les Banques centrales à produire d’autant plus de devises, ce qui aggrave encore la situation et ainsi de suite… Sur de nombreux aspects, l’équilibre économique actuel s’est piégé dans un grave cercle vicieux à terme qui se manifeste par des politiques toujours plus massives. Il est impératif de revenir sur ce que j’ai coutume de nommer comme « l’efficacité (marginale) » des politiques monétaires.  

   Depuis la manœuvre de Paul Vockler en 1981 pour mettre fin à l’inflation, nous sommes généralement dans une situation de désinflation (chute de l’inflation), de hausse de l’endettement, de hausse de la pression fiscale et des dépenses publiques, et donc de chute de la croissance économique. Depuis près de 40 ans donc, la baisse de l’inflation a provoqué la baisse des taux, qui a incité à emprunter plus alors que la croissance a continué à suivre sa tendance de long terme. À partir de 2008 en Europe et aux États-Unis, les politiques monétaires et fiscales deviennent hyper-expansionnistes. À partir de ce moment, les taux bas ne suffisent plus pour alimenter l’équilibre économique. Le déficit fédéral US a par exemple augmenté de plus de 780% entre 2007 et 2009 alors que le bilan de la FED augmente de près de 130% sur la même période environ. Ces politiques limitent en partie une aggravation de la situation car, exactement comme durant la Grande Dépression aux États-Unis, l’efficacité de la baisse des taux est graduellement limitée, ce qui oblige à une intervention institutionnelle pour éviter un déséquilibre dans le processus économique.

   Mais rapidement, ces politiques ne font que mettre de l’huile dans un système en surchauffe… Les interventions centrales permettent de maintenir l’endettement, précisément en augmentant celui-ci via l’injection de liquidités. Liquidités qui seraient devenues manquantes au vu des fort besoins de financement. Cette augmentation de l’endettement expose à (1) une baisse de la solvabilité de chaque dette, un risque plus élevé et (2) à une chute des rendements qui participe à augmenter le risque pour le même rendement. Bref, une augmentation sans précédent d’un « risque implicite » que les Banques centrales sont dans l’obligation de le répercuter dans leur Bilan pour éviter une overdose de risque du système.  

On peut ainsi distinguer différents facteurs d’inefficience des politiques monétaires :

1/Une politique monétaires expansionniste implique une hausse du risque et généralement une baisse des rendements. Facteurs qui participent à diminuer la vélocité, à accroître l’insolvabilité à terme, ce qui oblige à des politiques encore plus expansionnistes.

2/Une politique monétaire expansionniste comme on l’entend aujourd’hui implique une hausse du prix des actifs, un soutien prolongé de la demande de capitaux. Cela implique donc aussi une irréversibilité totale. Les Banques centrales sont dans l’obligation de continuer leurs politiques dans la même direction car la dépendance du prix des actifs, et de la solvabilité des dettes publiques et privées aux interventions centrales, est plus importante.

3/Une politique monétaire expansionniste implique le maintien de l’équilibre économique actuel (plus de dettes, plus de recettes publiques à terme et plus d’austérité salariale, moins de soutien de la demande dans l’économie réelle, qui passe par des politiques encore plus expansionnistes, etc…). La surcharge de dettes et le frein exercé sur la demande pour maintenir l’offre sont des facteurs déflationnistes à éviter à tout prix contre une crise des dettes. Il faut donc soutenir la demande, via des politiques monétaires et budgétaires hyper-expansionnistes (baisse des taux, rachats…), ce qui pourtant ne fait qu’aggraver l’équilibre économique maintenu depuis 40 ans. Un manque de liquidités dans l’équilibre économique actuel provoquerait une Dépression sans précédent car l’effet multiplicateur (la contagion) au manque de liquidité serait phénoménal au regard de l’endettement et des fonds propres. À court terme donc, c’est le seul moyen de mettre le système sous perfusion pour éviter l’agonie. Mais dans une perspective de long terme, cela ne fait que maintenir un système surendetté, à tendance désinflationniste (voire déflationniste à un certain niveau temporel), qui se fait au détriment des ménages par la pression fiscale et l’austérité salariale qui en découle, etc… On assiste bien à un équilibre qui est de moins en moins viable et qui se confronte à de nombreuses résistances quant à son maintien. Le seul moyen est donc d’amplifier les politiques monétaires et budgétaires à court terme, ce qui aggrave le problème à long terme. 

4/Une situation de « dévaluations compétitives » !… Le terme est essentiellement utilisé sous l’étalon or, mais il s’applique parfaitement aujourd’hui. Pour ne pas provoquer de fortes variations de changes, qui pourraient provoquer une crise financière avec le peg de certaines devises, les Banques centrales sont dans une logique de dévaluations compétitives. Créer de la monnaie au Japon implique de créer de la monnaie aux États-Unis, puis en Europe et ainsi de suite…

L’inflation ne repart donc pas, la croissance fait du surplace, la vélocité chute, la solvabilité (en particulier publique) diminue, etc… Autant de conséquences aux politiques monétaires expansionnistes qui paradoxalement, les obligent à devenir encore plus expansionnistes.

   Dans les conditions actuelles, et au vu notre position dans le cycle de l’équilibre économique, on peut parler de chute de « l’efficacité marginale » des politiques monétaires. En termes plus concrets, à chaque fois qu’un euro de plus est dépensé via le déficit et/ou la création monétaire, il est moins efficace que l’euro précédent. Plus les politiques monétaires deviennent expansionnistes, plus l’efficacité de chaque unité dépensée est faible, plus les politiques monétaires doivent être expansionnistes. Alors ces politiques ne seront pas éternelles car elles provoquent des tensions politiques et sociales graduelles qui peuvent être le principal risque de déséquilibre. Si ces politiques hyper-expansionnistes durent 10 ans de plus, ce sera déjà un exploit. Mais on voit mal, pour ne pas dire pas du tout, des politiques graduelles se maintenir sur 30 ans par exemple. La dernière problématique quasi-identique fut durant l’entre-deux-Guerres. Le système s’est rééquilibre avec la Seconde Guerre mondiale, ce qui ne sera probablement pas le cas dans les prochaines décennies. C’est un premier rééquilibrage monétaire pure que nous allons tenter ! Une première historique, et qui passera probablement par des tensions extrêmes !  

Les victimes de cet équilibre actuel sont évidemment les devises qui sont en situation intérieure et extérieure de « dévaluations compétitives », mais aussi les agents qui n’ont que peu d’actifs dont les prix flambent, et ainsi les jeunes qui se retrouvent avec un pouvoir d’achat extrêmement faible à terme, mais aussi les épargnants qui se retrouvent torturés entre hausse du risque et baisse des rendements, les entreprises pour qui l’imposition et les dettes augmentent, les ménages pour qui le pouvoir d’achat est graduellement restreint, etc…

 

Par Thomas Andrieu.

Auteur de « 2021, Prémices de l’effondrement » et rédacteur sur boursikoter.com

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2 réponses dans “Les politiques hyper-expansionnistes sont-elles vouées à une inefficience graduelle et chronique ?

  1. AvatarGeorges

    Cet article est très juste au regard des théories économiques en vigueur.
    Il pourrait toutefois être enrichi par des réflexions integrant certaines évolutions actuelles. Dans le passé, les emprunteurs (états, entreprises ,particuliers) le faisaient auprès de prêteurs qui risquaient ainsi leur vrai argent ,réagissant logiquement au risques encourus, aux taux d’intérêt du marché ,et s’attendant légitimement à être remboursés.
    Aujourd’hui, une grande part de cet argent emprunté provient de banque centrales, qui ne le soutirent à personne, si ce n’est à elle même, en le créant. Et de ce fait ,n’ayant pas un besoin absolu d’être remboursé un jour !
    L’inflation par la demande est limitée en raison de l’offre internationale de biens.
    Les actifs, rares, montent normalement.
    Ces dettes, peuvent devenir éternelles par un revolving astucieusement ,sans peser sur la fiscalité.
    Le seul souci reste la démesure possible dans le maniement de ces facilités. Une gestion rigoureuse a l’allemande donnait satisfaction. Les rééquilibrages étaient aisés. Si l’on casse les capteurs, cela devient plus acrobatique ,surtout pour le rendement ou l’efficacité attendus de ces sommes empruntées aussi aisément et facilement dilapidables.Reste, au fond à surveiller la quantité de monnaie émise. Tant qu’elle correspond à un % limité à moins de 3 fois le pib ( le Japon va y arriver) la maîtrise reste possible. Mais si ,comme au Zimbabwe ou dans l’Allemagne de Weimar, on passe à 1000 voire 1 millions de fois… ?
    Je reste confiant dans la sagesse des grands argentiers et le pire,s’il est probable, n’est jamais certain.

    1. Thomas AndrieuThomas Andrieu

      Retour très juste et riche d’idées !
      Les politiques monétaires ont complètement modifié la perception du risque réel, ce qui n’est pas très encourageant à long terme. D’un autre côté, elles sont irréversibles, ce qui implique effectivement des rééquilibrages presque impossibles, et ce qui est très mauvais signe quand l’économie a besoin de trouver une nouvelle dynamique.
      Très intéressant de noter ce seuil des 1/3 du PIB, ce qui confirme, dans une certaine mesure, le caractère limité de ces politiques dans le temps. Dans tous les cas, cette décennie devra impérativement apporter une réponse monétaire nouvelle, sans quoi la prochaine décennie pourrait être bien moins réjouissante. Dans mes prochains articles, je défends une lente hausse des taux dès 2023. Il est impératif d’inverser la tendance de l’équation entre taux, inflation et croissance.

      Encore merci pour ce retour !

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