Le budget de l’Etat : recettes et dépenses

On appelle budget de l’Etat la mise en relation des dépenses et des recettes de l’Etat. Cela est valable pour l’Etat français ou tout autre état.

Prenons un cas d’école. Ce mois-ci, vous avez gagné 2000€, mais vous avez dépensé 3000€. Votre compte sera débiteur de 1000€. Vous devrez aller voir votre banque pour résoudre le problème. Le plus souvent vous aurez soit la possibilité de piocher dans vos économies, soit de demander un découvert autorisé. C’est-à-dire un crédit. Car un découvert est un crédit. Si vous n’avez pas d’économies, vous n’allez quand même pas vendre les bijoux de famille pour si peu ! Donc, vous allez demander un crédit.

Vous êtes un agent économique. Un agent économique est une personne physique ou morale qui prend des décisions économiques, qui a des entrées et des sorties d’argent dans son budget.

L’État est aussi un agent économique, mais beaucoup, beaucoup, beaucoup plus grand que vous ! La problé­matique est plus complexe dans son cas, mais elle est finalement la même ! Si l’État a dépensé plus qu’il n’a gagné, il va devoir demander un crédit. Et ce crédit, il ne le demande pas à la banque, mais il émet des obliga­tions (voir article : https://www.lesprosdeleco.com/obligation-definition/). Et c’est de là que vient l’endettement des états. Quand un état dépense plus qu’il ne gagne, il est en déficit, et donc doit s’endetter pour trouver l’argent qui lui manque. Alors pour faire un peu pompeux, on parle de solde bud­gétaire de l’État pour désigner la différence entre les dépenses et les recettes dans le budget de l’État.

Depuis 1980, tous les ans, je dis bien tous les ans, l’État français a été déficitaire. Que la droite ou la gauche soit au pouvoir. Pour avoir un indicateur fiable dans le temps, on exprime ce déficit en pourcentage du PIB. Et on voit, avec le graphique suivant, comment ce déficit a varié depuis 1990 :

Si on fait la moyenne sur les 27 années présentées, il est de -3.6% du PIB.

On était bien partis pour se rapprocher de l’équilibre budgétaire en 2000/2001… Mais les attentats du 11 septembre ont plongé l’économie mondiale dans la crainte et la torpeur… On était à nouveau bien partis pour se rapprocher de l’équilibre budgétaire en 2007… Mais la crise des subprimes a de nouveau fait plonger l’économie française dans le chaos. Ces derniers temps, le déficit se réduit, mais voilà que le coronavirus est arrivé! Et qu’une nouvelle crise guette…

Quand il y a une crise, le déficit augmente, car l’État a moins d’argent qui entre dans ses caisses, vu que les ménages et les entreprises ont moins de revenus… donc payent moins d’impôts ! Et l’État ne diminue pas ses dé­penses pour autant, donc le déficit se creuse ! En 2008 l’année fut terrible pour l’économie ; conséquence, le déficit s’est creusé en 2009, car les impôts payés au titre de 2008 étaient bien plus faibles.

Ce qui advient sur le long terme, c’est tout simplement qu’avec l’accumulation des déficits, la dette augmente puisqu’à chaque fois il faut aller s’endetter pour épon­ger le nouveau déficit. Imaginez qu’à votre échelle, votre budget soit en déficit sur 30 ou 40 mois ! N’osons même pas parler d’année… Les découverts autorisés ne suffiraient plus, vous seriez obligé de prendre des crédits à la consommation, et vos dettes s’accumule­raient. Voilà pourquoi la dette de l’État français n’a fait que croître d’année en année comme nous l’avons vu au chapitre précédent.

Mais la question qui reste en suspens à ce stade, c’est : « pourquoi chaque année, l’Etat dépense plus qu’il ne gagne ? »

Nous n’allons pas faire le tour du monde des états, essayons déjà de comprendre le phénomène pour l’État français !

L’État français dépense beaucoup, car la France est un grand pays. Il dépense plus de 400 milliards par an. C’est le pays qui a la plus conséquente armée d’Europe et qui de ce fait est censé protéger ses voisins. Et nous avons un système éducatif très coûteux. Sans parler d’une protection sociale unique au monde. On aime ou on n’aime pas, ce n’est pas la question, elle est unique au monde, force est de le constater !

Armée, Éducation, Protection sociale… Voilà déjà trois énormes pôles de dépenses ! A cela ajoutons toutes les dépenses classiques : police, hôpitaux, construction de routes, protection de l’environnement, etc. Les salaires des fonctionnaires faisant partie des dépenses ci-dessus citées.

Sur le budget 2018, l’Éducation nationale au sens large (incluant l’enseignement supérieur) coûte dans les 100 milliards d’euros, soit plus de 4% du PIB. Et environ 25% des dépenses globales de l’État. L’armée coute dans les 42 milliards d’euros soit dans les 2% du PIB et environ 10% des dépenses globales de l’État. Les intérêts de la dette coutent dans les 50 milliards d’euros. Soit plus de 2% du PIB. Les intérêts de la dette coûtent plus cher que l’armée ! Cela devient à ce stade un vrai souci ! Qui prend de l’ampleur d’année en année vu que la dette s’accumule ! Si les taux d’intérêt venaient à monter… Attention à la catastrophe !

La Sécurité sociale coûte très cher en soi (autour de 350 milliards), mais il y a les différentes cotisations sociales que nous payons tous chaque jour qui viennent éponger la quasi-totalité des dépenses de la « Sécu ». Le fameux « déficit de la Sécu» n’a fait que se réduire ces dernières années (davantage de cotisations, moins de rembourse­ments). Il est désormais de 4 milliards d’euros soit en gros 2 millièmes du PIB ! Autrement dit, la Sécurité so­ciale ne pèse quasiment rien dans le déficit de l’État.

Enfin, pour être complets sur les dépenses de l’État, ra­joutons beaucoup d’élus, qu’il faut payer… On en fait parfois beaucoup pour finalement assez peu de choses ! La France compte dans les 600.000 élus, ce qui est énorme. Députés, sénateurs, maires (très nombreux), maires adjoints, conseillers régionaux, départemen­taux, et j’en passe ! Il n’y a pas de chiffres officiels sur le coût cumulé de tous ces représentants politiques. Mais des estimations autour de 1.2 milliard d’euros pour l’en­semble des élus locaux (les salaires sont inexistants pour des conseillers municipaux dans de petites com­munes). Pour l’Assemblée nationale, des estimations plus précises font état de moins de 600 millions d’euros, tandis que pour le Sénat on se situerait aux alentours de 300 millions d’euros et enfin 100 millions pour l’Élysée.

Tout cela cumulé, on a environ 2 milliards d’euros par an pour les élus, du conseiller municipal au Président de la République. Cela représente environ un pour mille (0.1%) du PIB français, et 0.5% des dépenses de l’État. Et quand on voit que le déficit annuel moyen de la France est autour de 3.6% du PIB, on peut se dire que si la France ne payait plus ses élus, ni leurs frais, ni l’entretien de leurs locaux, le déficit passerait à 3.5% au lieu de 3.6%. Si on veut se montrer pointilleux et qu’on intègre les retraites et autres de tous ces élus, on arriverait au pire à 0.2% de PIB. Autrement dit, soyons clairs, diminuer le nombre d’élus ou faire baisser leur rémunération, ne changerait rien sur notre déficit ! Donc quand les uns et les autres s’attaquent sur ce sujet, quand les médias en font des pages et pages, il s’agit d’une vaine polémique !

Du côté des recettes de l’État à présent, il y a bien sur les impôts… et surtout la TVA, que vous payez tous chaque jour. Cette fameuse taxe sur la valeur ajoutée. D’ailleurs en achetant ce livre vous avez versé à l’État 5.5% du prix du livre en TVA. Estimez-vous heureux, car sur les produits culturels la TVA n’est que de 5.5% contre 10% sur l’alimentation et 20% sur les produits de consommation courante. La presse bénéficie d’un taux exceptionnellement faible à 2.1%.

La TVA représente la principale recette de l’État avec plus de 150 milliards d’euros au budget 2018, soit plus de la moitié des recettes. Ensuite il y a l’impôt sur le revenu (estimé à 72 milliards en 2018 soit 25% des recettes) puis l’impôt sur les sociétés (estimé à 25 milliards soit moins de 9% des recettes). Puis diverses taxes comme la taxe sur les produits pétroliers, la taxe d’habitation, la taxe foncière, etc.

Un raisonnement simpliste consisterait à prétendre qu’il faille augmenter les impôts pour arriver à combler le déficit. Le souci, c’est que la France est déjà un des pays les plus fiscalisés au monde et qu’en vertu de la célèbre courbe de Laffer, « trop d’impôt tue l’impôt ». Autrement dit, si l’État augmente la pression fiscale, un certain nombre de gens iront s’exiler ailleurs, tandis que d’autres essayeront de tricher et de dissimuler leurs re­venus… Ce qui entraînerait des dépenses supplémen­taires afin de contrôler ces gens. Donc selon cette célèbre courbe, il y a un taux d’imposition maximal à ne pas dépasser, au-delà duquel la pression fiscale finit par faire baisser les recettes fiscales plutôt que de les faire croître. Ceux qui prétendent le contraire ne font que te­nir des discours populistes et les politiques le savent bien.

Courbe de Laffer

Voilà posé le problème du budget de l’Etat et du déficit…

Extrait du livre « l’économie, rien de plus simple »!

Jean-David Haddad

Ne passez pas à coté de nos prochaines actualités économiques, inscrivez-vous à notre newsletter

2 réponses dans “Le budget de l’Etat : recettes et dépenses

  1. Pingback : Récession en France de 8% ! - Les Pros de l'Éco

  2. Pingback : Courbe de Laffer - Les Pros de l'Éco

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *