Échange sur la situation avec Bernard Prats-Desclaux, fondateur de BPDTrading et E-winvest.

Bernard Prats-Desclaux a été trader pour compte propre, trader dans un hedge fund, et est le fondateur du blog BPDTRADING  et de la fintech www.e-winvest.com.   Il est aussi l’auteur de « Stratégies de marchés » et de « Trading et contrats futures ». Il nous offre ici un aperçu de son analyse de la situation actuelle :

 

Thomas.A : Avant que de revenir sur votre analyse de la situation, pouvez-vous rapidement nous présenter votre parcours et qu’est-ce qui vous a décidé à fonder e-winvest ?

Bernard.P :

J’ai d’abord été trader pour compte propre, après mes étude (BAC+5). J’ai été ensuite recruté dans un hedge fund qui recherchait de traders individuels pour développer un nouveau fonds de gestion. Il fallait présenter un track record de plus de 5 ans gagnants en démontrant sa capacité à gérer le risque dans toutes les conditions de marché. Après 10 ans en tant que professionnel, j’en ai eu assez et j’ai décidé de quitter le milieu. Mon idée était tout simplement de refaire du trading pour compte propre et de voyager, de profiter de la vie.

Au bout de trois mois, j’ai pris conscience de l’absurdité de ma réflexion. Vivre seul en face de mes écrans ne me convenait plus. Après avoir connu les discussions avec les clients, avec les autres traders… je me suis vite rendu compte qu’il me fallait autre chose. C’est là qu’à germé le projet E-Winvest. Développer des outils pour les professionnels qui ne font que de l’analyse fondamentale, et pour les particuliers qui désirent s’impliquer à fond dans le trading et l’investissement.

Le projet a été validé et a obtenu de la reconnaissance : Lauréat du Réseau Entreprendre, Bourse French Tech auprès de la BPI pour nos travaux de recherche sur les algorithmes de trading, et aussi le label French Tech.

C’est un réel plaisir de partager mes connaissances, auprès de Sociétés de gestion et des particuliers, mais l’essentiel de mon travail reste le trading pour compte propre. Le trading reste ma grande passion. Même après plus de 25 ans sur les marchés, j’apprends encore et toujours. On travaille sur une matière vivante, donc l’adaptation est la mot-clé pour perdurer.

 

Thomas.A : À titre plus personnel, êtes vous confiant pour les prochains mois (voire années). Quel scénario économique et financier privilégiez-vous ?

Bernard.P :

On vit une situation économique extraordinaire, dans la véritable acception du mot. Des taux négatifs ! Qui aurait parié sur des taux négatifs lorsque je faisais mes études ? Certainement pas mes profs de finance. Les taux négatifs, les injections de liquidités des banquiers centraux ont totalement rebattu les cartes sur les marchés.

On aperçoit clairement désormais des modifications dans la structure des vagues et des comportements des opérateurs quant à l’élaboration des prix de marché. Pour le faire simple, on retrouve les mêmes structures que celles qui existaient au début du XX°siècle. C’est normal car toutes les structures de prix, sur quelques marché que ce soit, sont constituées par le comportement humain. Mais on note un changement fort dans le momentum et les durées de vagues. C’est un fait nouveau et il faut s’y adapter.

Sur le plan économique, on peut faire des paris sur l’avenir, mais il faut comprendre que désormais les économies ne sont plus libérales mais dirigées par les banquiers centraux. Et à cette main, qui n’est plus invisible depuis la crise de 2008, via les QE et autres interventions sans limites d’imagination, s’y ajoute désormais avec la crise du COVID-19, l’intervention en mode « no limit » des Etats. Les fameuses relances budgétaires que Mario Draghi appelait de ses vœux en Europe depuis plusieurs années.

On ne parle plus de planche à billets, un terme oublié depuis les années 70/80 avec la séparation des banques centrales des Etats. Mais nous y sommes en plein. La nouveauté c’est que toutes les grandes régions du monde le font en même temps : Etats-Unis, Europe, Japon et Chine. Donc puisque tout le monde « dévalue » ouvertement sa monnaie en en créant à tout va, il n’y a pas encore de perte de confiance. Si demain, l’une des régions cessait seule l’injection monétaire, sa devise grimperait aussitôt. Donc c’est un peu le jeu des chaises musicales. Tant que les musiciens continuent de jouer, personne ne s’aperçoit qu’il n’y aura pas de chaises pour tout le monde.

Les banquiers centraux sont entrés dans un jeu dangereux. Et il est difficile de voir comment ils s’en sortiront. Il ne faut jamais oublier qu’il y a six mois à peine, des économistes sérieux nous expliquaient, sans rire, que la BCE n’aurait pas les moyens d’agir en cas de crise. Résultat : les milliards tombent de tous les côtés.

On rentre (depuis déjà une dizaine d’années) dans un monde de croissance durablement lente, phénomène accentué par les taux zéro qui créent des effets pervers non seulement dans la création de richesse, mais aussi dans la création de bulles des actifs.

Thomas.A : Avez-vous des objectifs particuliers sur les indices boursiers ? Quels secteurs / marchés pensez-vous les plus intéressants (en particulier dans cette période de recherche d’un risque limité) ?

Bernard.P :

Les indices boursiers ne représentent plus qu’eux-mêmes ou presque, je veux dire par là qu’ils ne sont plus réellement représentatifs. Le phénomène d’une surreprésentation de certains secteurs (techno avant le dégonflement de la bulle internet, bancaire et secteur immobilier avant 2008) a toujours existé mais désormais on entre là aussi en Terra Incognita avec des valeurs mondialisées, dotées d’un fort pricing power, et générant des croissances qui ferait pâlir d’envie certaines PME.

Depuis plus de dix ans, j’entends des gérants « value » que je côtoie dans mon cadre professionnel m’assurer que « cette année-ci ce sera la revanche des values ». Et années après années, ce sont les mêmes valeurs qui tirent la cote, qui voient leur « prix relatif » se reflattait tandis que les Price-to-book des valeurs value ne semble plus intéresser les investisseurs.

Dans un monde de faible croissance, les valeurs capables de générer de la croissance pérenne, valent, logiquement, de plus en plus cher. Le seul écueil possible était que les Etats-Unis décident de mettre à bas leur monopole de fait comme ils l’avaient notamment en fin du XIX°siècle avec le Sherman Act, et avec la Standard Oil au début du XX° puis plus proche de nous avec AT&T. Chaque fois qu’un monopole a été brisé, la croissance économique est repartie fortement. Mais comme les GAFAM ont des concurrents chinois de taille équivalente, les casser reviendrait à offrir sur un plateau le monopole aux chinois. Peu de chances que les américains se tirent une balle dans le pied.

 

Thomas.A : Quel types de services pouvons-nous retrouver sur votre site ?

Bernard.P :

E-Winvest a obtenu la bourse French Tech de la BPI pour ses travaux de recherche sur les algorithmes, est Lauréat du Réseau Entreprendre et fait partie de la French Tech. Nous sommes fiers du travail accompli et de la reconnaissance d’acteurs majeurs.

On propose de l’accompagnement aux professionnels et aux particuliers, via des outils que l’on développe en interne, pour intervenir sur les marchés. L’ambition de E-Winvest n’est pas de former pour former, mais bien d’accompagner le plus motivés. Pas de vente en ligne, ni de boutique. Je veux m’assurer que nos services correspondent bien à ce que recherchent les traders ou les investisseurs. Par exemple, le service haut de gamme, comprenant toutes les formations, et surtout avec coaching privé, est limité à 5 particuliers par an. Ils doivent être motivés et faire preuve de leur envie de réussir.

Pour ceux qui souhaitent des accompagnements moins personnalisés, je propose mon analyse quotidienne des marchés, mes prises de position personnelle sur indices, actions et options, via des lettres quotidiennes et des rendez-vous bi-hebdomadaires sous forme de wébinaire interactif, où je réponds à toutes les questions.

Ce qui m’intéresse, c’est la recherche et le partage, la convivialité et le plaisir de travailler ensemble. Ce travail de trader est fantastique mais quand on réussit à amener les autres avec nous et quand on voit leur réussite, c’est une formidable récompense.

Thomas.A : Un grand merci pour cette interview !

BPD : Merci à vous et je vous souhaite le meilleur dans cette période que l’on a la chance de vivre.

 

Pour suivre Bernard Prats-Desclaux :

Twitter : https://twitter.com/BPDTrading / Linkedin / E-winvest

Interview de Bernard Prats-Desclaux réalisée par Thomas Andrieu.

www.lesprosdeleco.com

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