Crypto-monnaies : interview avec Anthony Lesoismier, co-fondateur de SwissBorg.

Anthony Lesoismier est le co-fondateur de SwissBorg avec Cyrus Fazel. Cette start-up créée début 2017, est spécialisée dans la Blockchain et les crypto-monnaires, et connaît un essor croissant et aide aujourd’hui plus de 100 000 personnes dans le monde en matière d’investissement dans les cryptos monnaies.

Anthony Lesoismier nous accorde une interview exclusive (8mn de lecture) dans ce contexte où les valeurs refuges sont plus que jamais d’actualité :

Thomas.A : Monsieur Lesoismier, avant que de traiter de SwissBorg, j’aimerais revenir sur votre parcours et ce qui vous a décidé à co-fonder cette start-up.

Anthony.L : Après avoir été diplômé d’une école d’ingénieur, j’ai commencé ma carrière professionnelle dans un Hedge Fund à Paris en tant qu’assistant pour un fond Global Macro. Hasard, destin ou simple coïncidence, le jour de mon arrivée la Banque Bearn Stearns à New-York faisait faillite et sonnait le début de la crise des subprimes. Le ton était donné, la finance de marché allait connaître un tournant sans précédent. J’ai ensuite travaillé une dizaine d’année pour des fonds d’investissement et des tables négociations à Paris et à Londres. J’ai eu l’occasion d’apprendre énormément sur l’univers financier, techniquement mais aussi philosophiquement. Au fur et à mesure de ces expériences, je me suis de moins en moins senti en adéquation avec les valeurs de l’industrie financière.

En 2016, j’ai senti que le moment était venu pour moi de redéfinir un monde financier avec une raison d’être différente. Quand j’ai découvert le Bitcoin, et l’idéologie des systèmes décentralisés, je suis me suis directement identifié. A partir de ce moment tout est allé très vite, j’ai eu la chance de rencontrer un partenaire avec qui nous avions le même parcours, et les mêmes frustrations. Nous avons décidé de lancer le projet SwissBorg.

Thomas.A : Très bien ! Je reviens d’abord sur l’actualité des cryptos, pouvez-vous nous dire quelques mots sur la Blockchain ainsi que le Halving qui a pris effet il y a quelques jours.

Anthony.L : Sans rentrer dans les détails techniques, les lois qui régissent la création de nouveau Bitcoin sont très claires et surtout immuable. Elles sont commandées par un programme informatique qui ne peut être modifié. Les Bitcoins sont ainsi créés conformément à un protocole qui récompense les mineurs qui ayant permis à des transactions de s’effectuer en toute sérénité. Le nombre maximum de Bitcoin qui sera émis est limité à 20 999 999,977 d’unités.

Le “Halving” est un événement rare qui détermine la rémunération que les mineurs vont recevoir pour les services. Cette rémunération est décroissante au fur et à mesure du temps (i.e au fur et à mesure que des blocs sont validés). C’est un événement rare mais logique avec un système en expansion. On peut assimiler ça à la politique monétaire du Bitcoin. Lundi 11 mai 2020, le Bitcoin a passé son troisième halving ce qui a provoqué une division par deux de la récompense des mineurs qui créent du bitcoin. La récompense est maintenant fixée à 6,25 bitcoins. Il devrait ainsi y avoir moins de pression vendeuse sur le Bitcoin de la part des mineurs en terme nominal, puisque la récompense devient plus faible. Cela va évidemment avoir une incidence économique pour certains mineurs pour qui l’activité ne sera plus rentable, avant que le Bitcoin progresse face au dollar.

Thomas.A : On a donc vu que le Halving instaurait une pression haussière, mais d’un autre côté, avec le retour de l’inflation qui menace, le BTC ne serait-il pas une assurance contre la perte de valeur de certaines devises ?

Anthony.L : Le plus intéressant ne sont pas tellement ces éléments techniques en effet, mais plus une réflexion relative au contexte économique actuel. En effet, d’un côté nous avons une monnaie décentralisée, gouvernée par un programme informatique avec une politique monétaire stricte. Et de l’autre, des fiats monnaies gouvernées par des humains avec des politiques monétaires que nous qualifierons d’extraordinaire et imprévisibles. Je pense que la vraie leçon à retenir du halving c’est qu’il est temps de remettre en perspective de nos politiques monétaires, et de la façon dont nos monnaies fonctionnent.

C’est encore très peu visible, mais avec une masse monétaire en constante augmentation du au phénomène d’assouplissement quantitatif (« QE »), la valeur de la monnaie fiduciaire se déprécie. Un contre argument serait de dire que notre pouvoir d’achat concernant les biens de consommation primaires ne semble pas avoir beaucoup changé au cours des dix dernières années (comme le reflète l’IPC), mais il y a des facteurs techniques à cela. Premièrement, les travailleurs existent encore aujourd’hui, mais peuvent facilement être remplacés soit par l’externalisation de la production vers des pays où la main-d’œuvre est moins chère, soit par une automatisation centralisée. Par conséquent, dans un marché international extrêmement compétitif et bien organisé, les prix ne montent jamais. Deuxièmement, il existe des pratiques abusives comme l’obsolescence programmée, qui sont devenues monnaie courante et qui maintiennent artificiellement une stabilité des prix de vente des biens de consommation mais qui, en réduisant leur espérance de vie, créées en réalité une inflation indirecte.

L’histoire montre que lorsqu’il a un débasement monétaire, les investisseurs cherchent à se couvrir contre le risque de dépréciation monétaire et commencent à acheter des actifs en quantité limitée : biens immobiliers, actions, métaux précieux et, plus récemment, Bitcoin ! 

Thomas.A : En 2018 vous avez levé 50 millions de francs suisses via des « tokens » utilisés par la majorité des ICOs (Initial Coin Offering). Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste rapidement ces spécificités du milieu des cryptos ?

Anthony.L : En 2018, un an après avoir discuté du projet, nous avons levé 50 millions de francs suisses avec pour objectif de développer un écosystème communautaire de gestion de patrimoine pour les actifs digitaux tels que le Bitcoin et autres cryptomonnaies.

Les ICOs s’apparentent à du “crowdfunding” dans lequel des fonds sont collectés auprès d’une communauté. Ce qui est vraiment fantastique, c’est qu’en plus de trouver le financement nécessaire, les fondateurs trouvent une vraie dimension humaine avec des utilisateurs qui vont devenir ensuite des ambassadeurs du projet. Pour notre part, nous avons collecté 50 millions de francs suisses auprès de 25.000 personnes localisés dans 149 pays. C’est une chance unique d’avoir autant de diversité culturelle.

La grande différence en termes d’utilisation entre la vente d’un token et la vente d’une action réside, au-delà des aspects juridiques, dans ce que l’on dénomme “l’utilité” du token. Si vous détenez l’action Microsoft par exemple, vous allez avoir tout un ensemble de droits sur la société, en revanche tu ne bénéficies d’aucun privilège lorsque tu utilises les produits de l’entreprise comme word, excel ou encore windows. Lorsque tu possèdes un token, tu ne possèdes pas nécessairement un droit sur la société (à supposer qu’elle existe, Bitcoin n’a pas de société ou bien de CEO), mais tu bénéficies de privilèges sur les produits du projet. Si on prend l’exemple du CHSB token qui est le token de notre écosystème, en le possédant, nous offrons des comptes premium sur notre application avec 0% de commissions (un vrai 0%, on ne se rattrape pas dans le spread) pour les achats de cryptos. Les détenteurs de notre token participent également à des référendums, qui leur permettent de voter sur les directions stratégiques du projet, comme par exemple choisir un produit d’investissement en cryptomonnaie construit par nos soins.

Thomas.A : Au vu du contexte économique actuel et probablement à venir, les cryptos écrivent une page déterminante de leur histoire. Observez-vous un regain d’intérêt pour ces actifs ? Et pensez-vous que la crypto se dirige vers un avenir brillant ?

Anthony.L : Je saisi cette opportunité pour répondre clairement à cette question: les cryptos sont là pour durer.

Tout d’abord, comme on en a discuté précédemment, dans un monde où la monnaie est imprimée en quantité illimitée, les cryptomonnaies ont des propriétés très intéressantes. L’une d’entre elle est de posséder une politique d’émission gouverné par un programme informatique, qui, comme pour le Bitcoin, a une quantité d’émission fixée.

Ensuite, en créant une unité de valeur (i.e un token) qui peut être partagée au sein d’une communauté, avant même que la valeur soit injectée ou créée au sein de cette même communauté, la token économie permet de résoudre la problématique essentielle du “network effect” ou de la poule et de l’oeuf. Par conséquent, lorsqu’on définit une token économie claire et intelligente, les participants d’un projet commencent à collaborer en toute confiance, ce qui démultiplie les chances de réussites. Pour les entrepreneurs du monde entier, la crypto c’est une chance unique en termes de créativité et de capacité à amorcer quelque chose.

On parle souvent du Bitcoin comme instrument spéculatif mais le nombre d’applications possibles sur la blockchain est gigantesque. Dans l’absolu, internet est construit sur un modèle de data-Controller/data-Broker. Avec internet, l’utilisateur tu dois créer un compte à chaque fois que tu désires utiliser un service : facebook, airbnb, uber etc… Pas le plus idéal en termes de gestion de comptes ou de données. Pour le développeur, il faut construire un système de communication via une API. Là encore, pas idéal… Avec une identité digitale sur une blockchain, l’utilisateur peut contrôler l’accès à sa data et pourra utiliser les services de chaque application comme facebook ou uber sans avoir à créer de nouveau compte à chaque fois. On renverse le modèle de données vers l’utilisateur et on facilite une meilleure collaboration entre service, plus besoin d’API.

Enfin, lorsque des acteurs comme facebook et le projet libra s’intéressent au domaine on peut être assez convaincu qu’ils ne viennent pas par hasard. La blockchain ouvre la voie pour créer des services financiers efficients à une vitesse record. C’est un moyen d’échanger de la valeur à travers internet sans intermédiaire. Je pense sincèrement que la blockchain sera à internet, ce que internet fut à la téléphonie.

Thomas.A : Quelles sont l’ensemble des options que vous proposez à vos clients ? Et quelles sont les options que vous envisagez de développer ?

Anthony.L : Très bonne question, merci beaucoup ! Avant de décrire exactement ce que propose l’application et ce qui va être développé par le futur, je souhaite revenir sur la raison d’être de SwissBorg.

En plus de donner un accès dans le monde entier à des produits d’investissement élaborés, SwissBorg défend des valeurs communautaires alignés avec ceux des cryptos. Ainsi, l’ensemble des revenus qui sont générés au sein de l’écosystème sont réinvesti à 100% dans l’écosystème. La part rétribuée aux actionnaires est de 0%. Je pense que c’est essentiel pour l’audience de comprendre que nous sommes une solution afin qu’ils puissent acheter et vendre du Bitcoin avec leurs euros. Et en le faisant avec SwissBorg, ils effectuent ces opérations avec un écosystème qui est 100% inscrit dans les valeurs du Bitcoin et de la Blockchain. A ce jour, je ne connais aucune autre application qui peut en dire autant.

L’application mobile SwissBorg d’achat et vente de Bitcoin et autres cryptos, présente les aspects uniques suivantes : un wallet implémenté selon les dernières évolutions en terme de sécurité cryptographiques appelées MPC, des dépôts en € sans frais, des prix sur le Bitcoin extrêmement compétitif obtenu grâce à une connexion à 4 échanges cryptomonnaies en simultanée (comparable à un skyscanner ou kayak), un module qui permet de suivre en temps réel l’évolution de ses gains ou pertes, des vidéos éducatives pour mieux comprendre le Bitcoin et toutes les cryptomonnaies qui sont listées sur l’application. Et enfin une recommandation sur la tendance de marché du Bitcoin et des autres cryptos mise à jour toutes les heures de façon automatique par notre modèle d’intelligence artificielle qui analyse les indicateurs techniques de marché. L’application est gratuite, les frais transactions varient entre 0.00% pour les comptes premiums et 2.00% pour les comptes standards. Ceux qui souhaitent devenir premium peuvent acheter directement notre token sur l’application et activer leur compte premium. A la fin du mois, nous sortons notre programme d’affiliation ce qui permettra de remporter jusqu’à 100$ de valeur en Bitcoin par ami invité.

Aujourd’hui nous venons de lancer notre deuxième application mobile, disponible dans une centaine de pays, et qui permet à tous, indépendamment de leur niveau de connaissance financière, d’investir comme des professionnels avec une technologie unique qui exécute en temps réel des achats de Bitcoins et autres crypto-monnaies aux meilleurs prix.

Pour l’année 2020, nous avons un programme ambitieux : traduire l’application en francais. Et ainsi permettre aux utilisateurs de recevoir des intérêts sur leur dépôts en Bitcoin ou en euros, offrir des portefeuilles de cryptos construit sur la base de thématiques (ex: Les compétiteurs de Bitcoin) gérés de façon automatique, et enfin proposer des modules d’investissements automatiques qui permettent aux utilisateurs d’avoir une exposition aux cryptos tout en définissant un paramètre de temps et de risque maximum. Notre but est d’offrir une gamme de gestion de patrimoine, transparente et performance, accessible à tous à partir de 10 euros.

En une phrase, que vous soyez un expert ou un débutant, que vous cherchez à soutenir le Bitcoin pour sa philosophie ou simplement à spéculer avec les meilleurs outils, SwissBorg est fait pour vous !

Thomas.A : Un grand merci pour cette interview !

Interview d’Anthony Lesoismier réalisée par Thomas Andrieu, auteur de « 2021, Prémices de l’effondrement »

Les Pros de l’Éco.

www.lesprosdeleco.com

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